From Sapa to Ha Giang with love 1/2

Rizières sur la route 279 entre Lao Cai et Ha Giang, Vietnam

Je rejoins Sapa en train depuis Hanoi. S’il est plus cher qu’en Inde, il est aussi plus confortable. Train de nuit. A Sapa, le temps est gris et pluvieux. A Sapa on est en altitude. A Sapa on est dans les Alpes tonkinoises. Les femmes des ethnies locales m’attendent. Le rayon de soleil dans ce sinistre Vietnam du nord, c’est leur bonne humeur exprimée dans un anglais très correct. La négociation traine en longueur et me suit alors que je déambule à travers les étals du marché. J’opte pour un bracelet en cuivre qui teinte mon poignet de vert. Les autres femmes sont déçues. You buy me later. Ce n’est pas une question. Je leur fais un grand sourire. Deux me proposent de venir et de se marier avec moi en France. Je dis non, vous êtes des pipelettes. Elles aiment bien.

La petite employée de l’hôtel Lotus est mignonne et sourit tout le temps. Elle me ment quant au wifi mais le prix et la promesse de chaleur faite par la cheminée dans la chambre me décide.

Je descends au village de Cat Cat. Un unique chemin longé de produits artisanaux à vendre et de touristes. Un chien m’aboie dessus alors que j’essaie de le quitter. Ce n’est pas transcendant.

Je loue une petite moto Honda Wave 110 manuelle. Quand je lui dis où je compte aller son propriétaire, inquiet, me la bichonne. Ça me rassure. Il m’installe aussi deux bouts de bambou à l’arrière du siège pour que j’y fixe mon sac à dos. Puis je pars pour Bac Ha. Direction Ha Giang.

Rizières le long de la route 70 entre Lao Cai et Ha Giang, Vietnam

Il ne pleut pas. Des nuages stagnent en altitude ou au détour d’une vallée. Des gouttes minuscules et denses flottent et contre lesquelles un parapluie est impuissant. La longue descente jusqu’à Lao Cai est pénible et dangereuse. Le brouillard efface certains virages. Mon poncho de plastique me claque dans les oreilles, ivre de vent. Puis dans la vallée, c’est découvert, c’est à dire qu’il n’y a rien entre le sol et le plafond gris. J’enlève mon poncho et tourne la poignée des gaz à fond. Ma roue avant avale l’asphalte de la route 70. Je prends sur la gauche direction Bac Ha. La route s’élève et serpente à côté de la vallée. Rizières en escalier et cette infinité de détails à contempler que seule la montagne sait offrir. Le tout nappé dans de la brume. Je rattrape et dépasse Bac Ha. J’ai deux versions quant à la route à prendre. Sur une de mes deux cartes, elle n’existe pas sur l’autre oui. Dans la réalité il y en a soit une multitude soit aucune. Je vise Si Ma Cai en espérant que c’est une orthographe différente de Xin Man. Mais non et je me retrouve à quelques kilomètre de la frontière chinoise. Personne ne parle plus anglais depuis un moment déjà, peu comprennent ce que je veux dire même avec ma carte et peu semblent savoir où je me trouve. Je retourne sur Bac Ha. On avisera demain.

Route 279 couverte de boue, entre Lao Cai et Ha Giang, Vietnam

Je décide de revenir sur mes pas et de passer par la vallée. Le détour serait largement compensée par l’état de la route qui je pense me permettra d’aller plus vite et par la simplicité du chemin. Bien sur je me trompe. La route 279 est boueuse, rincée par la pluie qui inonde les rizières de chaque côté. Des travaux inachevés offrent à la pluie des tonnes de glaise qui font glisser mes roues. Je roule à 10 km/h. L’enfer sur terre. Définition de l’enfer : endroit ou moment où il n’y pas de poésie. Les enfants me saluent à mon passage et presque tous me suivent du regard. Les chiens me reniflent au loin, de moins en moins impassibles à mesure que j’avance. Je suis un étranger. Qu’est-ce que je fais là ? Je suis perdu dans un univers peu accueillant, où personne ne parle les même langues que moi, dépendant de l’état des routes et de la fiabilité de ma machine et de mes cartes. A part me mouvoir, je n’influence en rien cet univers. Je deviens inexistant. La conduite de la moto, comme la pratique d’un yoga, me coupe de toute pensée. Je suis entièrement concentré et connecté à l’exécution d’une tâche que j’accomplis malgré tout. J’arrive à Ha Giang complètement rincé après 200 km. Le seul qui sèche dans l’histoire c’est mon réservoir d’essence siphonné mystérieusement dans la nuit.

Montagnes de Quan Ba, Ha Giang, Vietnam

4 comments to From Sapa to Ha Giang with love 1/2

  • desjardins

    Welcome in Viet nam !!
    Désolée, mais je ris en te lisant tant ce que tu écris résonne encore dans ma mémoire, c’est vrai qu’au première abord les Vietnamiens, et les vietnamiens du nord encore plus, ne sont pas faciles à cerner ! il faut avoir de la patience, et prendre les évènements avec beaucoup de reculs finalement c’est un peu comme avec les normands…
    have a good trip !

  • Yvon

    Salut,
    En te lisant nous sommes tous les trois morts de rire… nous arrivons aujourd’hui apres avoir parcourus durant 2 jours la route 279… De Sapa a Cao Bang via Bac Ha, ou nous avons fait demi tour pour prendre la direction de la la route 279 qui sur la carte parraissait parfaite !
    L’enfer est le mot juste pour la decrire. Malgre les chutes et une nuit rustique chez l’habitant, l’experience reste fabuleuse !
    Un plaisir de t’avoir lu…
    A bientot sur les routes…
    Yvon, Greg et Justine…

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