
3 – Prise de vue en NEF (RAW) avec développement RAW sur l’appareil photo
Ici on va voir comment traiter ses photos directement sur l’appareil photo pour obtenir rapidement une image prête à être exploitée.
Le format RAW (avec l’extension .NEF pour les appareils Nikon) apporte plusieurs avantages par rapport au format JPEG et bien sûr, quelques inconvénients. Ce que nous allons voir brièvement.
Comment fonctionne la fabrication d’une image dans un reflex ? Le capteur équipé de photosites est excité par les photons de la lumière. Cette excitation produit un courant électrique, amplifié puis numérisé. Ainsi plus il y a de lumière, plus il y a de photons et plus le signal électrique est élevé. Ce signal électrique est converti en une valeur numérique sur 12 ou 14 bits suivant les appareils. La lumière arrivant sur le capteur est en fait filtrée par une trame Rouge, Vert, Bleu (RVB ou RGB en anglais) dont les longueurs d’onde sont proches de celles auxquelles l’œil humain est sensible. Ainsi, pour chaque pixel du capteur, 3 valeurs sont enregistrées correspondant à la « quantité » de Rouge, de Vert et de Bleu tombé sur ce pixel. La combinaison de ces valeurs produit une couleur perceptible par notre œil. On dit que R, V et B sont des composantes du spectre de couleur. C’est-à-dire qu’en combinant toutes les valeurs possibles pour R, V et B on obtient toutes les couleurs du spectre. Pas toutes en fait mais ce n’est pas un problème pour notre sujet. Le format RAW est l’enregistrement de ces valeurs « brutes » sans modification. C’est l’image « capteur. »
Pour pouvoir être exploitée, l’image a besoin d’être modifiée : combinaison des composantes RVB suivant un profil de couleur (sRGB, Adobe RGB…) pour « créer » la couleur, application d’une balance des blancs pour restituer des couleurs correspondant à la réalité, filtres (noir et blanc, saturation…) suivant les choix du photographe, contraste… La modification, appelée dérawtisation, permet de créer un aperçu de l’image stockée dans le fichier RAW ou un fichier JPEG ou autre. Ces modifications sont destructrices, c’est-à-dire qu’une fois appliquées, il n’est pas possible de revenir en arrière. Sauf si vous possédez l’information originale du capteur, le format RAW.
Suivant le format du fichier, la valeur de chacune des composantes RVB est comprise entre 0 et 255 (256 valeurs possibles soit 8 bits) pour le JPEG et 4096 (12 bits) ou 16 384 (14 bits) pour le RAW. Le RAW garde donc plus de nuances de couleurs que le JPEG et aussi bien plus qu’il n’y en a d’affichées à l’écran. La taille en Mo du fichier RAW (~10 Mo) est ainsi supérieure à celui du fichier JPEG (~3 Mo). A noter que le format JPEG est compressé avec perte d’information, ce qui réduit d’autant la qualité d’image.
Pour terminer, les fichiers RAW sont à une exception près (voir le format ouvert DNG) des formats propriétaires, c’est-à-dire qu’ils sont développés par les fabricants de reflex (Nikon, Canon, Sony…) et qu’ils ne sont pas harmonisés. Le format JPEG lui est universel. Il est reconnu par les tous les navigateurs internet, les systèmes d’exploitation, les imprimantes… Pour exploiter un fichier RAW il vous faudra un logiciel le permettant (ViewNX ou CaptureNX pour les Nikon, Aperture, Photoshop, Lightroom, The Gimp…) plus ou moins payant, plus ou moins cher. De plus un fichier RAW n’est pas directement exploitable. Ce qui s’affiche sur l’écran de votre appareil, c’est l’aperçu. Il y a donc une étape supplémentaire nécessaire à effectuer. La dérawtisation, le développement RAW.
Dans ce qui suit nous allons voir comment développer (dérawtiser) une image RAW sur l’appareil photo et la transformer en un fichier JPEG exploitable en gardant les avantages des 2 formats.
Tout d’abord je me règle en RAW (Menu prise de vue / Qualité d’image / RAW). Sur mon reflex, je visualise mes photos. J’en choisis une au format RAW et je clique sur le bouton OK. Je choisis Traitement NEF (RAW) dans le menu qui s’affiche. Un aperçu de l’image apparaît ainsi qu’un menu à 5 entrées. La première correspond à la qualité de l’image (Fine, Norm, Basic). A noter que Basic offre une qualité suffisante pour des images internet. La deuxième règle la taille de l’image (L, M, S pour Large, Medium, Small). La troisième règle la balance des blancs (voir l’article wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Balance_des_blancs pour plus d’explication). La quatrième entrée règle la correction d’exposition de -3 à +3 IL. La cinquième règle l’optimisation d’image en choisissant le mode d’image (Standard, Saturé ou bien utilisateur). Enfin, EXE lance le traitement et enregistre l’image obtenue dans un fichier JPEG additionnel (le ficher RAW n’est ni supprimé ni remplacé). A noter que l’on voit en temps réel l’impact de la modification de ces paramètres sur l’image. Idéal pour tester et expérimenter.
Une fois la taille et la qualité d’image réglées suivant mon utilisation, je travaille sur la balance des blancs, le mode d’image et la correction d’exposition pour développer ma photo. Il n’y a pas de méthode universelle ou miracle. Chaque photo est unique et chaque personne a un regard différent. Néanmoins voici ce que j’ai remarqué :
Balance des blancs :
En noir et blanc, le réglage Incandescent densifie les ciels. Idéal pour récupérer de la matière quand celui-ci apparaît blanc. Le rendu global de l’image est légèrement sous-exposé.
En couleur, pour obtenir un rendu doux d’une plage tropicale par exemple, choisir Auto puis bouger le curseur d’un ou deux crans vers le vert (en haut) et d’un ou deux crans vers le bleu (B1, G1 ou B2, B2). En combinant avec le mode saturé, effet assuré.
Correction de l’exposition :
Une des fonctions les plus puissantes de l’appareil. Corrige l’exposition sans précipiter celle-ci vers le noir ou vers le blanc. C’est à dire qu’en sur-exposant, on va surtout éclaircir les ombres sans brûler les hautes lumières et l’inverse en sous-exposant. D’autant plus vrai quand on utilise un mode utilisateur créé comme c’est décrit dans la partie précédente.
Optimisation d’image :
Créer autant de mode utilisateur que souhaité. Et tester.
En conclusion, cette méthode est très puissante et très simple. Elle est idéale quand on part à l’autre bout du monde et qu’on veut tirer le meilleur de ses photos sans équipement. C’est ce que j’ai fait lors de mon voyage après avoir perdu mon ordinateur. Bien sûr, on ne peut pas trop affiner les réglages, ni même modifier des détails de l’image comme dans Photoshop et l’écran de l’appareil est vraiment petit. Mais c’est gratuit, rapide, puissant et l’écran au moins, il est correctement calibré. Un seul vrai inconvénient : quand on est champion de la procrastination avec 500 photos à traiter, il faut vraiment avoir du temps et de la patience. 35 heures de train, c’est parfait dans ce cas.
4 – Prise de vue en NEF et conversion en N&B avec Capture NX2.
Avec cette méthode, on va voir comment convertir une image en noir et blanc grâce au mélangeur de couche de Capture NX2, traiter le contraste avec une courbe et sauver les réglages en un set qui pourra être appliqué sur une photo ou un lot.
Capture NX2 (téléchargeable ici en version d’essai) est un logiciel Nikon de traitement d’image très puissant et parfait en complément de ViewNX. Ses 2 gros points forts : la qualité d’image pour traiter et afficher les RAW Nikon (fichiers .NEF) et la technologie U-Point qui me rappelle un peu les maquillages sous agrandisseur en labo mais ce n’est pas notre propos ici. Une remarque : seuls ViewNX et Capture NX sont capables de visualiser une photo RAW avec l’optimisation d’image (mode) choisie. Aucun des autres logiciels ne pourra le décrypter. Ils afficheront l’image brute RAW.
J’ouvre une image RAW (extension NEF) dans Capture NX2. Sur la droite de l’écran, dans la partie Liste des modifications, je fais dérouler la partie Paramètres de l’appareil photo. Dans la partie Picture Control, je choisis Neutre.
Dans la barre de menu, je choisis Filtre / Effet photo. Un nouveau réglage apparaît dans la partie Liste des modifications. Dans ce réglage, je change la méthode pour Noir et blanc. Je m’intéresse maintenant aux 3 curseurs Rouge, Vert et Bleu. En bougeant le curseur Rouge vers la droite, on rend les rouges plus lumineux. Vers la gauche les rouges sont filtrés et deviennent donc plus sombres. Sur le site de Kodak, je récupère la documentation technique de la pellicule TriX 400. On note une très nette baisse de la sensibilité pour le Rouge. Le Bleu est un peu plus sensible que le Vert. Je règle mes curseurs de telle façon que la somme des 3 valeurs soit égale à 0. Je choisis par exemple pour RVB : -42, 18, 24. Je dis par exemple car je ne sais pas ce que représente l’échelle -100, 100 de Capture NX, la documentation de Kodak n’est pas très précise et l’impact des curseurs sur l’image me parait très subtil. Néanmoins je sais comment j’ai obtenu mon noir et blanc, ce qui n’est pas le cas avec les autres fonctions noir et blanc du logiciel ou avec la désaturation.
Le rendu est fade. Je vais donc rajouter une courbe de contraste sur mon histogramme. Je sélectionne dans la barre de menu Réglage / Lumière / Niveaux et courbes. Je retrouve l’histogramme dont je parlais dans la partie de 2 ce tutoriel. Je dessine ma courbe en S. Le résultat me convient mieux.
Maintenant je souhaite sauver mon set de réglage pour pouvoir le réutiliser plus tard. Tout en haut à droite de la partie Liste de modification se trouve une icône représentant 2 engrenages. Je clique dessus et choisis dans le menu déroulant Enregistrer les réglages. Je rentre le nom ‘TriX 400 low contrast’ toujours avec une grande humilité. Et je sauve. En cliquant de nouveau sur l’îcone et en choisissant Charger les paramètres, ‘TriX 400 low contrast’ apparaît.
Dans la foulée, je change dans les Paramètres de l’appareil photo le réglage Picture Control. Je choisis Standard. Je réactive les réglage Noir et blanc et Niveaux et courbe en cliquant sur leur titre. L’image en noir et blanc réapparaît avec un contraste supérieur (car le mode Standard de l’appareil est plus contrasté que le mode Neutre). Je sauve mon réglage sous le nom ‘TriX 400 high contrast’.
Les 2 sets sont téléchargeables ici. Décompresser le fichier zip. Puis dans Capture NX2, menu Préférence (ou Option sous MS Windows), Rubrique Gérer les paramètres, cliquer sur Ajouter et sélectionner les fichiers.
Pour appliquer mon set de réglages à une photo RAW, j’ouvre cette photo dans Capture NX (les sets ne sont malheureusement pas utilisables dans ViewNX). Puis dans le menu déroulant de l’icône aux engrenages, je choisis Charger les paramètres et je sélectionne un des sets créés. Une alerte apparaît systématiquement, je sélectionne la deuxième option Ecraser le développement. 2 réglages se sont rajoutés : Noir et blanc et Niveaux et courbes. Si des réglages étaient déjà appliqués et que je ne les veux plus, je dois les désactiver ou les supprimer (case à cocher ou bouton avec une croix dans le titre du réglage).
Pour traiter toutes les photos d’un dossier, je choisis dans la barre de menu traitement par lot / Exécuter un traitement par lot. Je sélectionne mon dossier source. J’active Appliquer les paramètres. Je choisis le set en cliquant sur Parcourir. Dans traitement des conflits, je choisis Remplacer les réglages actuels. Les autres options n’ont pas d’impact sur l’image. Je lance en cliquant sur Démarrer.

Image RAW (en fait avec le mode Neutre). C'est ce que "voit" le capteur.

Image avec mon mode utilisateur TriX. Le contraste est ici un peu ultime. L'arbre est bouché.

Image développée avec le set de réglages TriX low contrast. C'est mieux qu'un noir et blanc tout fade. Mais ça manque de patate quand-même.

Image développée avec le set de réglages TriX high contrast. On gagne en contraste et on conserve des détails dans l'arbre. Enfin c'est un exemple.
En conclusion, l’utilisation de Capture NX pour la conversion en N&B permet d’obtenir des résultats plus fins. Même si j’aime bien le contraste, la dynamique du capteur numérique est assez faible et dans certaines conditions, certaines photos peuvent apparaître très dures avec des ombres noires, des lumières brûlées et peu de détails. Mon mode ‘low contrast’ et d’autres manipulations me sauve la vie dans ce cas. Pour les jusqu’au-boutistes de la technique, Capture NX offre des heures et des heures de tâtonnements, d’essais, de recherche de la perfection. En gros, ses possibilités sont illimitées. Et je ne parle pas des autres fonctions. Le dernier avantage est la possibilité de travailler par lot ou en tout cas plus rapidement et plus confortablement que sur l’écran de son appareil. Un inconvénient, le prix, environ 150€.

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